GENÈVE · 7 NOVEMBRE 2026
Revue de presse : le Soudan offre à la Russie un accès à la mer Rouge, les liens de renseignement en question
Le site d'information belge In de Gazette rapporte que le chef de l'armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, a offert à Vladimir Poutine, au Kremlin le 30 octobre 2026, une zone économique franche sur la mer Rouge, des concessions minières et une participation ferroviaire, et examine les liens militaires et de renseignement entre le Soudan et la Russie. L'ICHRO résume l'article.

Le 3 novembre 2026, le site d'information belge In de Gazette a publié une analyse approfondie de son rédacteur en chef, Andy Vermaut, sur le rapprochement entre le Soudan et la Russie. La Coalition internationale des organisations de défense des droits de l'homme (ICHRO) en résume ci-dessous les principaux points. L'article complet, en néerlandais, est en lien à la fin de la page.
La rencontre au Kremlin
Selon l'article, le général Abdel Fattah al-Burhan, commandant en chef des Forces armées soudanaises, a été reçu par le président Vladimir Poutine au Kremlin le vendredi 30 octobre 2026, à l'issue du troisième sommet Russie–Afrique à Moscou. Sa délégation comprenait le ministre des Affaires étrangères Mohieddin Salem ; le ministre des Finances Jibril Ibrahim, visé par des sanctions des États-Unis ; Ahmed Ibrahim Mufaddal, directeur général du Service général de renseignement ; et Mirghani Idris, directeur du système soudanais des industries de défense.
Al-Burhan aurait offert aux entreprises russes l'accès à des zones aurifères, cuprifères et d'autres minerais ; une zone économique franche sur la mer Rouge, avec des installations de stockage de carburant et de céréales ; et une participation à des projets ferroviaires, dont une possible ligne reliant Port-Soudan à l'intérieur du pays et au Tchad. Le président Poutine s'est montré intéressé, mais aucun accord définitif n'a été annoncé, et aucune condition relative à la durée, à la propriété ou au partage des revenus n'est connue. L'article souligne qu'il n'est pas confirmé que la zone comprendrait une base navale russe.
Liens militaires et de renseignement
Citant des milieux politiques soudanais qu'il ne nomme pas, l'article décrit des sections distinctes chargées des affaires militaires, du renseignement et des industries de défense à l'ambassade du Soudan à Moscou : un attaché militaire ayant rang de général de division, assisté de 14 officiers ; une représentation du Service général de renseignement dirigée par un général de division ; et une équipe des industries de défense composée d'un colonel du renseignement militaire, de cinq ingénieurs et d'un traducteur. Ces chiffres n'ont pas été confirmés de manière indépendante.
L'article indique également que des soldats soudanais seraient formés en Russie au pilotage de drones et au commandement, et que des officiers supérieurs et leurs familles, dont des commandants blessés pendant la guerre, y recevraient des soins médicaux. Les effectifs, les institutions concernées et les conditions financières ne sont pas publics. L'article replace cette coopération dans le contexte de l'Africa Corps russe, qui a remplacé les anciennes structures de Wagner.
Le veto russe au Conseil de sécurité
Le 18 novembre 2024, la Russie a opposé son veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Soudan, présenté par le Royaume-Uni et la Sierra Leone, qui appelait à la cessation immédiate des hostilités, à une meilleure protection des civils et à un accès humanitaire sans entrave. Quatorze des quinze membres, dont les trois membres africains, ont voté pour. L'article rapporte qu'al-Burhan a remercié le président Poutine pour le soutien de la Russie dans les enceintes internationales, mais relève qu'un échange direct du veto contre des concessions sur la mer Rouge n'est pas démontré.
Les civils sous les bombardements
Les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide sont en guerre depuis le 15 avril 2023, et les deux parties sont accusées d'attaques contre des civils. L'article cite des données de recherche selon lesquelles au moins 1 700 civils auraient été tués lors de bombardements de quartiers résidentiels, de marchés, d'écoles et de camps de déplacés, un chiffre dont la période et la méthode n'ont pas été établies de manière indépendante. Il décrit aussi les obstacles à l'accès humanitaire et la situation des familles déplacées.
Le recrutement pour la guerre en Ukraine
Selon un rapport de recherche soudanais cité par l'article, des réseaux de recrutement utilisent des publicités sur Facebook, des agences de voyages et des sociétés de services de visas pour attirer de jeunes Soudanais dans le service militaire russe, avec des promesses de salaires élevés et de nationalité russe. Certains auraient été envoyés sur la ligne de front en Ukraine. Un taux de survie « d'au plus 15 % », avancé par une personne qui serait impliquée dans ces réseaux, et une estimation de plus de 1 780 combattants africains au service de la Russie sont tous deux présentés par l'article comme non vérifiés. L'article note que la présence de responsables soudanais à Moscou ne prouve pas en soi une coopération avec un recrutement illégal.
L'article évoque également une vidéo qui, selon lui, montre un soldat soudanais lié à l'unité Hajanah d'El-Obeid combattant aux côtés des forces russes contre des civils ukrainiens ; il n'en indique ni la source ni la date. La Coalition s'est exprimée sur des images de ce type dans sa déclaration du 4 novembre 2026.
Réseaux islamistes et vigilance européenne
L'article rappelle que les réseaux islamistes ont gagné en influence au sein de l'État sous Omar al-Bachir, arrivé au pouvoir par un coup d'État en juin 1989 et renversé en avril 2019, et que la transition vers un pouvoir civil a été interrompue par la prise de pouvoir militaire d'octobre 2021. Il fait état d'allégations selon lesquelles des personnes liées aux Frères musulmans conserveraient une influence dans les structures de sécurité sous al-Burhan, y compris dans des missions diplomatiques, tout en précisant que cela ne signifie pas que les dirigeants militaires actuels appartiennent à ces organisations.
Le 8 octobre 2026, le Parlement européen a adopté à Strasbourg, par 381 voix contre 167 et 15 abstentions, une résolution sur une stratégie européenne contre l'infiltration islamiste et l'influence des réseaux des Frères musulmans. Elle appelle à enquêter sur la manière dont ces organisations accèdent aux institutions de l'UE et à les évaluer au regard des critères d'inscription sur la liste terroriste de l'UE ; l'article souligne qu'elle n'inscrit pas automatiquement la confrérie sur cette liste. Il ajoute qu'une interdiction a également été débattue aux Pays-Bas, une motion parlementaire ne constituant pas en soi une interdiction légale.
Les missions diplomatiques
L'article rappelle les protections prévues par la Convention de Vienne, qui ne couvrent pas les activités étrangères aux fonctions diplomatiques. Il s'interroge sur le nombre d'agents de l'ambassade issus de l'armée, du renseignement ou des industries de défense. Il fait état d'allégations selon lesquelles des opposants à la direction militaire en Europe seraient surveillés ou soumis à des pressions, en relevant qu'aucune preuve vérifiée de manière indépendante n'établit l'implication des missions concernées, et que les enquêtes sur l'ingérence étrangère relèvent des services de sécurité compétents.
La place du Soudan sur la scène internationale
L'Union africaine a suspendu le Soudan depuis le coup d'État d'octobre 2021 et subordonne son retour à une transition dirigée par des civils. L'article note que les autorités qui opèrent depuis Port-Soudan exercent un contrôle effectif sur les zones tenues par l'armée, ce qui ne saurait être assimilé à un mandat démocratique. S'agissant des États-Unis, il rappelle que des informations ont fait état, le 22 septembre 2026, du refus de délivrer à al-Burhan un visa pour l'Assemblée générale des Nations unies, et mentionne Massad Boulos, conseiller du président américain, en lien avec les contacts diplomatiques. L'affirmation selon laquelle Washington aurait officiellement déclaré que le gouvernement d'al-Burhan n'était pas constitutionnellement légitime n'a pu être confirmée par aucune déclaration officielle.
Les enjeux
L'article se demande si les revenus des concessions minières, de stockage et ferroviaires financeraient les services publics et la reconstruction, ou surtout les institutions qui détiennent le pouvoir pendant la guerre, en relevant qu'aucune condition financière n'est connue. Il inscrit les propositions sur la mer Rouge dans une concurrence internationale plus large, sur une route essentielle au commerce entre l'Asie et l'Europe, et conclut que la coopération militaire avec la Russie ne dispense pas d'un règlement politique : le retour d'un gouvernement civil, la sécurité des personnes déplacées et l'accès humanitaire.
Source : Andy Vermaut, « Abdel Fattah al-Burhan biedt Vladimir Poetin toegang tot de Rode Zee terwijl Soedanese inlichtingendiensten onder vuur liggen », In de Gazette (indegazette.be), 3 novembre 2026. Lire l'article complet (en néerlandais).
Cette page est le résumé, par la Coalition, d'un article publié par un tiers ; l'analyse et ses conclusions sont celles de l'auteur, et elle ne constitue pas une déclaration de la Coalition. M. Vermaut est intervenu comme panéliste lors de l'événement parallèle de Genève coorganisé par la Coalition en août 2026.
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Genève, 7 novembre 2026
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