Aller au contenu principal

GENÈVE · 9 JUILLET 2026

Déclaration

Sur la partialité procédurale et le traitement sélectif des violations des droits de l'homme au Soudan

La Coalition salue les efforts visant à rendre justice aux victimes, mais met en garde contre le projet de résolution : circonscrit à la ville d'El Obeid, il repose sur une méthodologie sélective qui passe sous silence de graves violations au Darfour, au Kordofan et au Nil Bleu. Elle appelle à une résolution globale et à une enquête internationale indépendante sur l'emploi allégué d'armes chimiques.

Communication ICHR

Partager
Sur la partialité procédurale et le traitement sélectif des violations des droits de l'homme au Soudan

La Coalition internationale pour les droits de l'homme (ICHR) suit avec une profonde préoccupation et une vigilance particulière les délibérations en cours concernant le projet de résolution relatif à la situation humanitaire dans la ville d'El Obeid.

Si la Coalition salue tous les efforts visant à rendre justice aux victimes et à protéger les civils, elle exprime de vives réserves quant à la méthodologie sélective et réductrice qui sous-tend ce projet de résolution. La Coalition souhaite dès lors porter les faits suivants à la connaissance de la communauté internationale et de l'opinion publique soudanaise.

L'origine profonde de la crise

La Coalition affirme que la cause première et le principal moteur de la crise actuelle au Soudan ne résident pas dans un simple affrontement militaire classique entre deux parties. Il s'agit au contraire de la conséquence directe d'agendas politiques et idéologiques portés par le Mouvement islamique par l'intermédiaire des formations armées qui lui sont affiliées, dont la brigade Al-Baraa ibn Malik, laquelle a de fait pris le contrôle de la décision militaire et politique au sein du commandement des Forces armées soudanaises. Selon l'analyse de la Coalition, cette faction dominante a délibérément prolongé le conflit afin de préserver son emprise sur le pouvoir et a constamment rejeté les initiatives de cessez-le-feu et les plateformes de négociation régionales, internationales et conduites par les États-Unis, en imposant des conditions préalables inatteignables, contribuant ainsi à ce qui est devenu la plus grave crise de déplacement et la plus grande crise humanitaire au monde.

La sélectivité porte atteinte à l'impartialité de la justice

La Coalition souligne en outre que limiter la condamnation et la documentation des violations à une seule zone géographique, à savoir la ville d'El Obeid, constitue un manquement fondamental aux principes d'une justice impartiale. Le projet de résolution passe totalement sous silence les atrocités graves et persistantes commises dans d'autres régions et États du Soudan, notamment au Darfour, au Kordofan et au Nil Bleu. Il en va ainsi, tout récemment, des événements meurtriers survenus à Koulbous, au Darfour occidental, le 29 juin 2026, qui ont fait de nombreuses victimes civiles, parmi lesquelles des enfants.

La Coalition relève également avec préoccupation que le projet de résolution semble s'appuyer principalement sur des rapports établis par des mécanismes internationaux qui n'ont pu accéder effectivement aux zones touchées, en raison des restrictions imposées par les autorités de fait établies à Port-Soudan.

La légitimité et la position de l'Union africaine

La Coalition attire par ailleurs l'attention sur une grave préoccupation juridique et procédurale née de la décision d'accorder aux autorités militaires de fait de Port-Soudan un accès exclusif aux tribunes des Nations Unies pour y promouvoir un récit unilatéral, au mépris de la position de l'Union africaine, qui maintient la suspension du Soudan depuis le 27 octobre 2021, à la suite du coup d'État militaire inconstitutionnel contre le gouvernement dirigé par des civils. Conférer à cette autorité une légitimité diplomatique internationale risque de renforcer son intransigeance et de compromettre davantage les efforts de paix et les processus de négociation en cours.

Les questions absentes de l'ordre du jour du Conseil

La Coalition exprime sa vive préoccupation face à l'absence, à l'ordre du jour du Conseil des droits de l'homme, de plusieurs questions d'une exceptionnelle gravité. Elle appelle à l'ouverture d'une enquête internationale indépendante et urgente sur :

  • les allégations documentées concernant l'emploi, par les Forces armées soudanaises, d'armes chimiques prohibées au niveau international ;
  • les bombardements aériens indiscriminés visant des civils et des infrastructures civiles, sous prétexte de cibler de prétendues bases de soutien social ;
  • l'entrave aux opérations de secours humanitaire, y compris aux convois du Programme alimentaire mondial ;
  • l'implication signalée de groupes armés étrangers transfrontaliers, dont les forces de la Séléka venues de la République centrafricaine.

Les demandes de la Coalition

Au vu de ce qui précède, la Coalition internationale pour les droits de l'homme demande :

  1. Une résolution globale et équilibrée. Le projet de résolution devrait être révisé afin d'être global, équilibré et de refléter l'ensemble des violations des droits de l'homme commises dans toutes les régions du Soudan, sans sélectivité géographique ni traitement partiel.

  2. Une enquête internationale indépendante. Une enquête internationale indépendante devrait être établie sur les allégations relatives à l'emploi d'armes chimiques et au ciblage délibéré de civils sur des fondements ethniques et géographiques.

  3. Une position de principe sur la légitimité. La communauté internationale devrait adopter une position de principe conforme aux décisions de l'Union africaine, en s'abstenant de reconnaître la légitimité des autorités militaires établies à la suite du coup d'État à Port-Soudan, empêchant ainsi l'instrumentalisation des enceintes internationales pour justifier la poursuite du conflit armé.


La Coalition internationale pour les droits de l'homme (ICHR)

Genève, le 9 juillet 2026

  • #international_coalition_for_h_rights
  • #Sudan

Partager cet article

Aidez à sensibiliser — partagez-le avec votre réseau.

Soutenir notre action

Votre contribution nous permet de continuer à protéger les droits humains et à apporter une aide humanitaire à ceux qui en ont besoin.